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1- La sortie du corps

  • salim Barack
  • 11 nov. 2022
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 mars 2025

En 2014, je me trouvais à la clinique des Cèdres, en banlieue toulousaine, pour subir une intervention chirurgicale – la quatrième en l’espace de deux ans. Lorsqu’on m’endormit, quelque chose d’extraordinaire se produisit : je sortis de mon corps. Je fus transporté dans une autre existence, sur un autre plan de réalité. Ce fut une expérience singulière, dont je ne pris pleinement conscience que six ans plus tard. Une expérience de mort imminente, brève selon le temps terrestre, mais infinie là-haut.


Durant cette expérience, j’ai rencontré des êtres faits de lumière et d’amour. J’ai ressenti l’amour incommensurable du divin, revisité des fragments de mes vies antérieures et assisté au processus de création à une échelle subatomique. J’ai reçu une connaissance intuitive des mystères du cosmos. Mais cette traversée m’a également mené près du « bas astral », un lieu d’une intensité effrayante, peuplé de hurlements et de cris d’âmes en souffrance.


À mon retour sur Terre, j’ai relégué cette expérience dans les profondeurs de mon inconscient, convaincu qu’il ne s’agissait que d’une hallucination causée par les médicaments administrés pour l’anesthésie. Pourtant, cette expérience s’est imposée à moi de manière persistante, pendant près de cinq ans, jusqu’à bouleverser ma perception du monde et de moi-même.


Ce n’est qu’en 2019 que j’ai commencé à en prendre pleinement conscience. J’ai alors compris que les transformations engendrées par cette expérience étaient profondes et irréversibles. Elles avaient redéfini ma vision de la vie, de la mort et du sens de l’existence.


L’intervention a eu lieu un matin de printemps 2014. Réveillé vers six heures, je me change, puis m’allonge sur le lit d’hôpital, attendant qu’on vienne me chercher. Tour à tour, chirurgien, anesthésiste et infirmières entrent dans ma chambre : les uns pour m’injecter des produits, les autres pour mesurer ma température et ma tension, ou encore pour me transmettre les dernières informations avant le départ pour le bloc opératoire. Enfin, les brancardiers arrivent. Ils me conduisent à travers un long couloir vers la salle d’opérations.


J’arrive dans une pièce exiguë attenante au bloc. Je dois y patienter jusqu’à ce qu’une place se libère dans la grande salle opératoire. L’air y est glacial, mais je suis bien couvert. Allongé sur mon brancard, je regarde les transporteurs passer et repasser, emmenant les vivants vers la mort et les morts vers la vie.


Mon tour vient. On me pousse jusqu’au plateau, un vaste espace qui évoque un hangar de transit. Les brancards y sont alignés, portant des corps plongés dans un sommeil artificiel. On attend qu’ils commencent à en sortir pour les diriger vers la salle d’attente, où les brancardiers les récupèreront et les reconduiront à la vie, leur permettant de remarcher et de poursuivre leur mission terrestre.


Mon anesthésiste installe les branchements qui vont permettre aux machines de prendre temporairement le relais de mon cœur. Les produits anesthésiques éteignent mes derniers intercepteurs, l’un après l’autre. Je m’endors.


Et puis, sans comprendre comment, je traverse le mur de la salle. Je suis plongé au milieu d’un nuage de poussière. Le mur semble s’effondrer devant moi, se désagrégeant en une multitude d’éclats. Pourtant, ces éclats ne tombent pas. Ils défient la gravité, comme suspendus dans l’air. Cette poussière, en réalité, est constituée des particules du mur, vibrant dans un état d’effervescence.


Je réalise alors que je suis entouré des particules qui forment le mur. Ce dernier ne s’est pas effondré, contrairement à ce que je croyais. Il est toujours là, solide, remplissant sa fonction de porteur. Mais moi, je suis passé dans une autre dimension, à une échelle atomique. Je ne perçois plus le mur comme une structure géométrique, mais comme un assemblage d’atomes vibrants, liés les uns aux autres.


Ces atomes se croisent, se séparent, vibrent à une vitesse impossible à suivre. Ils apparaissent et disparaissent en un ballet incessant. De ma position au cœur du mur, j’aperçois vaguement un flacon en verre posé sur une étagère, de l’autre côté. Il semble voilé, comme enveloppé d’une poussière translucide.


Je comprends peu à peu. Je suis dans le mur, et c’est à travers, que je distingue le flacon. Entre lui et moi se trouve un voile transparent, une frontière qui filtre les images. À travers cette barrière, je perçois les autres étagères, les instruments de chirurgie disposés dessus, et même les portes des placards, bien que floues et mouvantes. Ces objets apparaissent et disparaissent, s’approchent et s’éloignent comme dans un rêve. Je ne contrôle rien. Tout m’échappe : les images, les sons, la perception du temps. Je ne fais que subir cet état, suspendu entre deux réalités.


Ma tête est embrumée, et j’ai l’impression de rêver. Plus loin, dans ce monde de transparence poussiéreuse, des lits apparaissent, sur lesquels reposent d'autres patients, endormis. Ces images me parviennent à travers un voile, une barrière fine et irréelle, comme un nuage de particules suspendues.


La lumière de la salle est faible, presque éteinte, et d'une pâleur spectrale. Elle filtre à travers une étagère où sont rangés des flacons. De là, je réalise que je suis derrière cette étagère, séparé de tout : la lumière, les meubles, la table d'opération, l'équipe médicale etc. Je ne suis plus qu’une entité flottante, une particule libre, un électron qui dérive où bon lui semble.

Ce qui me bouleverse le plus, c’est cette étrange impression que mes yeux se déplacent, passant parfois derrière ma tête. Je vois tout, sans avoir à me retourner : chaque détail autour de moi. Je suis au cœur d’un univers d’atomes, intégré à leur danse. Je n’existe plus en tant qu’individu, mais comme une fraction indistincte d’un tout. Ce sentiment d’unité cosmique va s’intensifier : bientôt, je deviendrai fleur, puis papillon. Mais j’y reviendrai.


Depuis ma position, derrière les étagères, le bloc opératoire me paraît totalement transformé. Il n’est plus un lieu structuré, solide, identifiable. Les murs, le mobilier, les appareils… tout se dissout en amas d’énergie. Les cloisons ne sont plus que des vibrations, des ondes flottant dans l’espace. L’ordinaire s’efface pour laisser place à une réalité fragmentée, dispersée. Rien n’a plus de sens. Cela semble absurde, irrationnel. Je rêve. Forcément.


Je suis plongé dans l’obscurité la plus totale. Les images qui meublaient encore mon esprit se sont évanouies. L’espace, jusque-là vibrant de lumière pâle et de particules dansantes, n’est plus qu’un néant noir et insondable. Une force irrésistible m’aspire vers le haut, avec une vitesse vertigineuse. Je n’ai pas le temps de réfléchir. Je suis emporté, submergé.

Dans cette ascension fulgurante, tout disparaît : les corps solides, la Terre, ses montagnes, ses rivières, ses villes, ses forêts. Je ne vois plus les rues, les gens, les animaux, ni même les vestiges de la civilisation. Tout s’efface, avalé par l’immensité du vide.

Je ne vois plus que du noir. Du néant.

Où suis-je ?





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